09 mars 2009

Parce que ...

Voila, cette petite histoire, c'est une partie de la grande histoire de ma maison d'éditions, de l'aventure Scribulations, cette super anthologie de textes issus des imaginations fertiles d'auteurs géniaux et sympathiques, motivés et passionnés.
Je pourrais la présenter plus largement encore, mais ce n'est pas le sujet du jour.

Je ne parlerai pas non plus du planning. Sur le papier il était tellement beau dans sa simplicité et sa rigueur, et puis il a volé en éclat, transformé en guirlande de bonhommes découpés au ciseau, plié en cocotte origami ou en avion à réaction sans moteur, en bref... il a servi à tout sauf à planifier le projet.
Mais y'a des choses, vous n'y pouvez rien, elles ont leur volonté propre, leur agenda personnel et vous n'en faites pas partie, enfin si ... mais en simple spectateur dans la débacle.

Je prends tout ceci avec une très grande distance et philosophie, j'en viens à me dire que tenir le bébé dans les mains c'est comme recueillir un Moïse de papier, sauvé des turpitudes du Nil du temps et des contraintes de tout le monde.

Evidement tout cela paraît brouillon, il n'en est rien, bien sûr, l'équipe qui travaille sur ce projet est absolument monstrueusement dévouée, efficace, tatillonne, perfectionniste, motivée, et tellement talentueuse que leurs petits défauts, les petits soucis et les retards en sont dérisoires.

Non l'histoire que je vais vous raconter maintenant se passe après, après ... quoi... bah après l'écriture, la relecture, la mise-en-page, la re-relecture, la correction, l'illustration, le débat sur la couverture...

Cette histoire débute il y a un peu plus de deux semaines, dans la galaxie fabrication, comptabilité.
Notre héroïne, après avoir bien relu son devis, appose sa signature, pas peu fière d'y joindre un chèque et de lécher allegrement le beau timbre qu'elle appose sur l'enveloppe.
En plus avec cette belle lettre partira un beau contrat alors elle est encore plus fière, elle s'en va dans son beau manteau rouge, à la ville pour déposer des paquets pour des amis et ces deux précieuses missives.
Chose faite, elle remonte dans son beau carosse brinquebalant, c'est les vacances, Scribulations part en prod... elle est soulagée, le sentiment du devoir accompli emplit son coeur.

Une semaine se passe. La réalité des choses la rattrape, il faut bien finalement appeller l'imprimeur pour fixer une date... de réception.
Au bout du téléphone, la stupeur, notre héroïne manque de s'étouffer de la nouvelle qu'elle apprend : Pas de chèque reçu.
Panique, elle ne rentre que le lendemain, le temps d'en poster un autre et ... le livre ne sera pas livré à temps.
Une solution : on produit et on paye après, elle semble digne de confiance, l'imprimeur accepte.
Mais la souris d'éditeur va quand même fouiner un peu plus loin et appelle le gardien de ses sous, là-bas au loin dans un coffre bien gardé.
Et le gardien est formel, l'argent n'est plus là. Il est bien allé ailleurs, un vendredi ...
Ah ah !!! bougre d'imprimeur ! traitre !!! L'éditrice ne se démonte pas, elle rappelle l'imprimeur et le met devant le fait de sa propre incompétence : vous avez reçu le paiement il y a au moins 5 ou 6 jours, si vous êtes en retard ce n'est point ma faute.
Et l'imprimeur s'incline, minaude, ordonne, ce sera prêt à temps : vendredi !
Argh !!!

C'est que la pauvre éditrice, maintenant avachie et penaude, ce vendredi elle doit aussi livrer des livres (oh pas fait exprès), et qu'elle aurait bien aimer profiter du calme de ses dernières heures de vacances pour préparer Chambourcy et partager quelques moments encore avec sa petite famille, qu'à cela ne tienne, la bravoure la reprend : il faut sauver le tirage de Scribulations.

Alors le vendredi, elle repart, son beau manteau rouge sur le dos vers la lointaine destination de l'imprimeur.
Et quand enfin les cartons sont à portée de main, elle devrait jubiler mais un doute l'assaille : les codes barres ? les gris de Canelle ? ...
"On peut ouvrir les cartons ?"
Le gentil jeune homme qui la reçoit (et si elle vous disait ce qu'elle a pensé de l'intelligence physique de la personne... vous seriez pantois) lui tend comme un mouscetaire l'exemplaire qu'il va garder pour le fond de l'imprimerie.
Elle le saisit, son coeur bat un peu plus vite, il est si beau, un peu plus foncé qu'elle n'imaginait sur la couverture, mais si beau... et elle le retourne et là, le coeur lui tombe dans les chaussettes, le sang quitte ses jolies joues, sa lèvre pendouille, ses yeux vont se mouiller : le code barre se la joue homme invisible !

Panique à bord, branle bas de combat, on se remue de partout, on fait des courbettes, on s'excuse, on sait plus où se planquer, et finalement on offre des belles étiquettes auto-collantes en promettant de recontacter très très vite pour trouver une solution commerciale à cette bourde incommensurable.

Et dire que la commerciale qui s'occupe d'elle se la bronze tranquille sur un voilier en Guadeloupe, j'vous jure y'en a une qu'à intérêt à bien en profiter de son repos parce que j'amasse déjà le bois vert qu'elle va se prendre sur le coin de la figure en rentrant de vacances.

Je ne vous donnerai pas le nom de mon imprimeur, et je vous demanderai de ne pas le citer...

Voila... c'était les aventures d'un Scribulations et de pourquoi Pénélope, vendredi fallait pas la chercher.

Pénélope Labruyère-Snozzi

Posté par madoliere à 01:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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